On fait partie de celles pour qui prendre une décision est un vrai casse-tête? En ne sachant jamais sur quel pied danser, on risque de s'empoisonner la vie et d'exaspérer notre entourage. Des moyens existent pour ne plus se contenter de cette valse-hésitation.
Le doute et l'angoisse Certaines personnes semblent avoir des opinions bien arrêtées sur tout: sur la politique, sur la façon de gérer le travail au bureau, sur l'éducation des enfants, même sur la meilleure manière d'apprêter la blanquette de veau... Alors que d'autres jonglent constamment avec plusieurs options. C'est le cas de Julie. Au moindre choix, elle est tourmentée par le doute et l'angoisse.
«Je n'arrive jamais à me brancher, déplore-t-elle. Par exemple, depuis deux semaines, je me demande ce que je porterai pour la surprise-partie d'une amie. Un jour c'est une robe noire, un autre jour c'est un pantalon, et ainsi de suite. Autre exemple, j'ai mis deux mois à me décider à partir en voyage avec mon copain. Et si on me demande à brûle-pourpoint de choisir un resto, je vais plutôt en proposer plusieurs et laisser les autres trancher. C'est complètement fou!» Hésitation normale ou pas Évidemment, avoir parfois de la difficulté à prendre une décision, c'est normal. Surtout lorsque celle-ci peut changer radicalement le cours d'une vie, comme le fait de quitter un conjoint ou un travail. Mais quand l'hésitation est toujours présente, c'est éprouvant. D'autant qu'elle est souvent jugée comme une tare dans une société qui valorise la compétition et la performance. Julie témoigne: «Mon entourage a le don de me culpabiliser en disant: "Tu ne te décides jamais"... "C'est toujours compliqué avec toi"... "Es-tu capable de prendre au moins une décision dans ta vie!" Dans ce temps-là, je me sens vraiment nulle.»
L'indécision pour les proches Reste que l'indécision est parfois tout aussi difficile à assumer pour les proches que pour les indécises elles-mêmes. «Vivre avec une personne indécise peut tomber sur les nerfs, particulièrement lorsque les enjeux sont importants, estime Gilles Dupuis, professeur au département de psychologie à l'UQAM. Sans compter que cette personne a souvent l'impression que les autres gèrent sa vie, puisque ce sont eux, finalement, qui prennent les décisions, ce qui risque de créer des tensions et des conflits. Le mieux, c'est d'encourager la personne à choisir, de l'aider en décortiquant avec elle le pour et le contre de chaque option, puis de lui dire: "Quelle que soit ta décision, je vais la respecter et t'appuyer. Et si ce n'est pas la bonne décision, eh bien, on ramassera les morceaux ensemble." En ôtant le facteur stress, en valorisant la personne et en la soutenant dans ses démarches, on l'aide à développer des outils et à trouver l'assurance pour oser choisir.»
Les stratégies gagnantes L'indécision est souvent l'indice d'un manque de confiance en soi. On a peur de commettre des erreurs, peur de la perception que les autres auront de nos choix. Alors, plutôt que de se tromper, on préfère ne pas trancher. Les personnes orgueilleuses peuvent aussi avoir un tel comportement, poussées par le besoin de faire le choix parfait. Celles qui se connaissent mal également: elles n'arrivent pas à définir puis à exprimer leurs goûts et leurs désirs.
Heureusement, la plupart des indécises ne sont pas ambivalentes dans tous les secteurs de leur vie. «On peut être hésitante dans sa vie familiale ou amoureuse et ne pas l'être dans sa vie professionnelle, et vice-versa, souligne la psychologue Danielle Émond. Quelquefois aussi la capacité de décider varie dans le cours de la vie: il y a des moments où l'on éprouve une difficulté particulière à mettre ses idées en place et à faire des choix, entre autres dans les périodes de stress, de grande fatigue, d'anxiété.»
Analyser froidement la situation Reste que, dans certains cas, l'ambivalence peut vraiment devenir problématique. «L'indécision est paralysante quand la personne se demande sans cesse ce qu'elle doit faire au lieu d'agir et d'avancer, ou encore quand elle anticipe le pire, dit Danielle Émond. Les indécises ont en effet tendance à envisager les conséquences négatives de leurs choix plutôt que leurs effets positifs. C'est vrai que choisir, c'est prendre un risque. Et il se peut que la décision n'ait pas les meilleurs effets. Mais en envisageant le pire scénario, c'est comme si, physiologiquement, on le vivait déjà. On ressent du stress, des palpitations, de l'angoisse, etc. Or, c'est essentiel de faire la différence entre le probable et le possible. En fait, tout est possible, mais les probabilités sont souvent minces. Par exemple, en sortant du bureau, c'est possible qu'une brique nous tombe sur la tête, mais les probabilités sont quasi nulles. D'où l'importance, quand vient le temps de prendre une décision, de bien faire cette différence, de nuancer et de se dégager de l'aspect émotif. On doit analyser froidement la situation, comme si on voulait conseiller quelqu'un d'autre.»
Tout le monde a droit à l'erreur Puis il faut se dire que rien n'est irréparable dans la vie et que tout le monde a droit à l'erreur. On a pris une mauvaise décision? Il est toujours possible de faire marche arrière ou, du moins, d'en tirer une leçon pour la prochaine fois. On admet s'être trompée, mais on sait aussi qu'on a fait le meilleur choix à sa connaissance. Point. Cela vaut mieux que de vivre le stress et les nuits blanches qui accompagnent inévitablement l'indécision. Savoir rire de soi aide aussi à détendre l'atmosphère et à libérer les tensions.
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