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Monique Lépine: la 15e victime
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Par Betty Achard - Article extrait du magazine Madame
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Monique Lépine, une oubliée de la tragédie de Polytechnique en 1989? Rencontre avec la mère de Marc Lépine, le tueur qui a perpétré ce massacre il y a 19 ans maintenant.
Polytechnique Depuis ce fatal mercredi 6 décembre 1989, le seul prononcé du mot Polytechnique se charge chez nous d'une émotion bien particulière, car il est des cauchemars dont il est bien difficile de se réveiller: la mort violente de 14 jeunes femmes a constitué un véritable trauma collectif.
On a beaucoup parlé de Marc Lépine, trop peut-être; la déferlante médiatique qui a suivi son acte ne pouvait en réalité aider personne. Par contre, on ne parlera jamais assez ni trop longtemps des innocentes victimes. Mais il y a une personne qui, pendant toutes ces années, a souffert, emmurée dans son silence, car ce qu'elle éprouvait était au-delà du dicible: Monique Lépine, la mère du meurtrier.
Maintenant prête à en parler Après être tombée au plus profond d'un gouffre de désespoir et avoir pleuré jusqu'à n'en plus avoir de larmes, elle qui pensait «mourir de peine pour l'éternité» est désormais prête à nous parler de son voyage au bout de la nuit, aidée en cette démarche par le journaliste Harold Gagné en qui elle a placé toute sa confiance. À la suite d'une entrevue accordée à TVA en 2006, il a réussi à la persuader de se raconter. À travers leur livre intitulé Vivre s'opère effectivement une renaissance: la vie reprend peu à peu ses droits.
Dawson Calme, maîtresse d'elle-même - plus que je ne l'étais en amorçant cette entrevue -, Monique Lépine m'explique que l'élément déclencheur de ce douloureux retour sur son passé, ce fut la tragédie du collège Dawson. En proie à une montée d'émotion et d'angoisse tragiquement familière, «le syndrome de la mère du tueur», elle s'est dit: «Il ne faut pas que ça se répète. Ma décision fut alors prise. Je savais que l'expérience serait thérapeutique, mais qu'en même temps, j'allais pouvoir aider les autres.» Cette dernière expression va revenir souvent au cours de notre entretien, car pour tenter de redonner un sens à sa vie, retrouver sa dignité, cette femme s'est chargée de la mission de venir en aide à son prochain. La plupart du temps, elle tait son identité et ne la dévoile que si la situation le nécessite. Cette personne simple et digne que j'écoutais ne pouvait pas être seulement celle qui avait engendré un tueur, c'était avant tout une mère écorchée vive. Car, comme si un malheur n'arrivait jamais seul, le 2 mars 1996, Monique Lépine perdait également sa fille Nadia, âgée de 28 ans, des suite d'une overdose. À partir de cet autre malheur, il lui semblait bien «être condamnée à mourir de peine pour l'éternité».
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